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LA FATIGUE ET LES ETATS ASTHENIQUES |
![]() La fatigue et les états asthéniques - Pierre Bugard - Ed. Doin - avril 1989
La fatigue chez l'homme sain et normal est une diminution du pouvoir fonctionnel des organes, provoquée par un excès de travail et accompagnée d'une sensation caractéristique de malaise (Lagrange). Le muscle représente 40 % du poids du corps, et plus de la moitié si on lui ajoute le squelette et les articulations sans lesquels il est sans effet. Pour qu'il fonctionne efficacement, il doit se reposer, car l'effort épuise le combustible comme l'oxygène et accumule les déchets. Le processus de fatigue se situe entre l'effort et le repos, et s'accompagne de sensations plus ou moins douloureuses telles que crampes et lourdeur, ainsi que d’une incitation à arrêter l’effort, afin de limiter l’usure organique et d’amorcer le repos réparateur.
La fatigue du sportif, parfait exemple de fatigue normale, ne peut être réduite à la fatigue musculaire ; c'est un phénomène de limitation globale de l'activité qui dépasse de beaucoup le muscle et intéresse l'être tout entier. On distingue néanmoins une fatigue locale et une fatigue générale. - La fatigue locale aiguë devrait être exceptionnelle chez le sportif, car elle témoigne d'une insuffisance d'entraînement. Elle apparaît lorsqu'un effort est accompli dans des conditions inhabituelles pour l'athlète (…)
La fatigue générale aiguë est déclenchée par un effort intense et inhabituel chez le sédentaire. Le sportif qui a une activité quotidienne et régulière y est exposé s'il s'adonne à un effort auquel il n'est pas préparé. (…) La fatigue générale chronique, distincte du sur-entraînement est en fait un surmenage.
Pour la fatigue locale, ce sont des facteurs propres au muscle qui sont
en cause dans la sensation de fatigue, et non une défaillance
du système cardio-vasculaire ou respiratoire destiné
à apporter l'oxygène. En revanche, on peut incriminer
ce dernier système dans le travail musculaire général
qui intéresse plus des deux tiers de la masse musculaire globale,
et qui retentit fortement sur le cœur.
La fatigue dérange le fin mécanisme de la fibre musculaire : la contraction devient plus difficile, elle exige davantage d'influx nerveux; les centres moteurs du cerveau se fatiguent aussi (…). La notion de stress de Selye est tout-à-fait applicable à l'exercice musculaire et à la fatigue qui lui fait suite, notamment le tableau endocrino-métabolique, mais il est difficile d'apprécier dans ce stress la part de la tension émotionnelle et celle de l'exercice. On a montré que la course automobile qui nécessite peu d'effort physique, mais une énorme tension nerveuse, est le sport qui élève le plus l'adrénaline et la noradrénaline, hormones de l'émotion, autant que le travail hors de la capsule pour le cosmonaute !
La fatigue ne touche que le système de relation (musculature,
organe des sens, système nerveux), dispositif qui nous met en
contact avec le milieu extérieur grâce à sa sensibilité
particulière. Les organes des sens sont chargés de capter
les signaux et les messages dans l'environnement - notamment la vision
et l'audition qui perçoivent l'énergie lumineuse ou mécanique
venus de l'extérieur - et de les transmettre aux centres nerveux.
Les quantités d'énergie de ces signaux sont extrêmement
variables et en général très faibles (…).
Pour la fatigue sensorielle, ce ne sont pas seulement les caractères
physiques de la stimulation qui sont en cause (intensité, fréquence,
durée, rythme) mais aussi le contenu informationnel du message.
On connaît bien les accès de fureur déclenchés
par certains bruits agaçants mais relativement peu intenses,
et les réactions inappropriées de certains sujets irritables
contre des groupes d'enfants ou d'adolescents qui font du bruit dans
les grands ensembles. (…) |
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3) Phase d'épuisement ou de décompensation |
![]() Tout le monde parle de stress aujourd'hui, mais on oublie son inventeur : le Professeur Hans Selye (1907-1983) de l'Université de Montréal. Ses premiers travaux d'endocrinologie datent de 194O, son ouvrage fondamental STRESS de 195O. Le stress de la vie (The Stress of Life), publié en 1956, élargit et vulgarise sa théorie, en l'étendant aux stress de la vie moderne, que l'on nomme aujourd’hui le "techno-stress" pour bien marquer que c'est la technologie qui nous étreint. Pour Selye, le stress répond aux principes suivants : toute agression consiste en une action venant de l'extérieur et en une double réponse de la part du sujet agressé :
Ces réponses ont pour but d'adapter l'organisme et le psychisme à l'agression, et de permettre au sujet soit l'attaque (fight), soit la fuite (flight). Certaines de ces réponses dépassent leur but et se montrent déjà pathologiques : diminution de l'immunité et ulcères digestifs; Dans l'ensemble, le stress n'est pas une maladie, mais une réaction nécessaire à l'adaptation.
La réponse au stress évolue en
trois stades : l'alarme et la résistance qui sont des réactions
d'adaptation; et l'épuisement, faillite de l'adaptation
qui peut conduire à la mort. Selye, en 1956, a généralisé sa conception du stress en décrivant les maladies de l'adaptation, qui se confondaient pour lui avec les maladies psychosomatiques décrites à l'époque : ulcères digestifs, maladies inflammatoires, rhumatisme, hypertension et thromboses artérielles.
Le stress peut être défini comme
une réaction biologique, physiologique, psychologique, d’alarme
ou de défense face à une agression ou à une menace
et par extension à toute situation contraignante qui apporte
un changement brutal, heureux ou pas. Le physiologiste Selye décrit les trois phases du « Syndrome Général d’Adaptation ». Si la réaction de stress est trop intense, trop prolongée, trop répétée, elle épuise les réactions de l’organisme qui s’oriente alors vers des situations non adaptatives de stress dépassé ou perpétré.
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![]() La fatigue au sens physiologique du terme n'est pas un phénomène négatif, elle a un but, celui d'éviter l'épuisement de l'organisme. Elle répond donc à une certaine "sagesse du corps", lequel est un système organisé pour se réparer lui-même. Cette expression vient du célèbre Physiologiste américain W. B. Cannon, le premier à avoir parlé de cette sagesse dans un livre célèbre aux Etats-Unis. Ce fut l'un des pionniers de l'étude du système neuro-végétatif dont le rôle consiste à régler automatiquement, et d'une manière rapide, les grandes fonctions organiques, la respiration, la circulation, la digestion, ainsi que la fatigue, la douleur, la faim, l'émotion, la crainte ou la colère, selon les contraintes du milieu environnant. C'est Cannon qui a montré le premier que l'adrénaline était l'hormone de l'émotion. Lorsque nous éprouvons la sensation de fatigue, c'est que nos réserves métaboliques manifestent, par l'intermédiaire de plusieurs systèmes de coordination fonctionnelle dont le système neuro-végétatif est le plus important, le besoin de se restaurer. La fatigue appartient à la sagesse du corps dans la mesure où elle joue le rôle d'un signal d'alarme. A nous de savoir l'entendre à bon escient.
La fatigue au sens strict du terme est universelle, elle est pour
l'être humain une expérience primaire, une réaction
normale, au même titre que la faim ou le sommeil, elle fait partie
des sensations immédiates que chacun de nous est capable de percevoir
et de verbaliser. (…)
Selon la position
Dans les déplacements
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![]() FATIGUE ET ASTHENIE : BONNE ET MAUVAISE FATIGUE La fatigue, diminution de l'excitabilité et du pouvoir fonctionnel, consécutive à l'effort et réversible par le repos, s'accompagne de sensations pénibles de caractère local ou général. Elle frappe électivement le système de relation (musculature volontaire, organe des sens, système nerveux) branché sur l'environnement, qui bénéficie de régimes d'activité très variés allant du régime de croisière peu fatigant à celui de crête, exténuant. On notera que l'asthénie est un terme déjà ancien qui a été introduit en 1790 dans l'édition de l'Encyclopédie qui a fait suite à celle de Diderot. La fatigue est un processus normal, l'asthénie relève de la pathologie; non seulement elle n'est pas soulagée par le repos, mais souvent elle apparaît dès le matin. En simplifiant, on parle de "bonne" et de "mauvaise" fatigue. L'asthénie et les états asthéniants sont très fréquents en médecine : la fatigue et la douleur ne sont-elles pas les deux signes universels qui conduisent chez le médecin ? Fatigue et douleur ont des mécanismes et des voies nerveuses communes, mais ce sont des indicateurs peu fiables : il faut donc aller plus loin.
Toutes les maladies sont asthéniantes, qu'elles se situent dans
le corps ou dans la tête, somatiques ou psychiques, mais cette
asthénie est plus marquée suivant l'affection et le sujet.
La fatigue correspond à un état de dépense, de
catabolisme. C'est vrai aussi de l'asthénie dans la phase aiguë
des maladies, mais il y a de nombreuses exceptions (…).
L'asthénie est un symptôme aussi commun que la douleur ou la fièvre, et elle peut être observée dans tout le registre des maladies du corps. Toutefois, elle est plus importante dans certaines affections. (…) Parmi les maladies infectieuses, outre la grippe et la tuberculose (cette dernière, dans toutes ses localisations : pulmonaires, génito-urinaires, osseuses), il convient d'insister sur la mononucléose infectieuse (angine à monocytes) et les hépatites virales qui se révèlent souvent par une fatigue anormale et qui donnent lieu à des asthénies traînantes de plusieurs mois. Les maladies métaboliques sont asthéniantes, que la perturbation soit en plus ou en moins (hyper ou hypo).
Toutes les maladies infectieuses sont asthéniantes, c'est bien connu : grippe, angine à monocytes, hépatites, etc mais à la période aiguë l'asthénie n'est qu'un signe parmi d'autres, notamment la fièvre. En revanche, ce qui nous intéresse c'est l'asthénie isolée qui précède la maladie, et l'asthénie de la convalescence.
Les affections virales sont particulièrement
asthéniantes parce qu'elles détruisent les tissus,
notamment au niveau du foie dont l'atteinte par le virus de l'hépatite
est précédée et suivie d'une asthénie typique. Il y a un certain parallélisme entre les maladies infectieuses, les épreuves sportives intenses de longue durée, le jeûne et la dénutrition qui constituent des stress typiques avec destruction (catabolisme) protéique. Dans tous ces cas, l'abaissement des hormones responsables de la réparation cellulaire demande un temps de réparation beaucoup plus long que la durée de l'épreuve. On parle d'urgences énergétiques. La maladie infectieuse exige, comme tout travail intense, une forte dépense d'énergie, à cause de la fièvre, de l'inflammation, de l'activation des lymphocytes, de la production des anticorps etc. auxquels s'ajoute une diminution des apports par perte d'appétit et troubles digestifs portant sur l'absorption des aliments.
Le foie, centrale métabolique et détoxicante
de l'organisme, est à l'origine d'asthénies particulièrement
marquées quand il est malade : une cirrhose fatigue plus
qu'une polynévrite, un cancer primitif du foie plus qu'un cancer
du poumon, un abcès du foie davantage qu'un abcès du poumon.
Les atteintes hépatiques médicamenteuses qui ne sont pas
exceptionnelles puisque toutes les classes de médicaments sont
concernées, sont marquées par une grande asthénie
due à la destruction toxique des cellules du foie.
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