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MECANISMES ET DIAGNOSTIC DES DYSPNEES |
![]() C. Strauss, T. Similowski, M. Zelter, JP. Derenne Mécanismes et diagnostic des dyspnées. Encyclop. Med. Chir. (Elsevier, Paris). Pneumologie, 6-090-E-15, 1998, 7p.
La dyspnée, "essoufflement en langage commun, désigne une sensation respiratoire pénible ou désagréable. Elle constitue un symptôme fréquent, et souvent handicapant, de nombreuses pathologies respiratoires, cardiaques ou neuromusculaires. Les afférences nerveuses susceptibles de lui donner naissance sont multiples, mécaniques (muscles, bronches, parenchyme pulmonaire, voies aériennes supérieures) ou chimiques. La perception dune augmentation importante ou inadéquate de lintensité de la commande centrale ventilatoire peut aussi contribuer à cette sensation. La mesure de la dyspnée se limite souvent aux limites du langage. Afin den accroître lobjectivité, on utilise différents types déchelles psychophysiologiques et des méthodes électrophysiologiques sont en cours de développement. Le traitement de la pathologie causale est le meilleur moyen de soulager la dyspnée. Cependant, ce nest pas toujours possible, doù limportance dune meilleure connaissance des mécanismes régissant la dyspnée, dans loptique de thérapeutiques symptomatiques.
La respiration normale est un acte inconscient ne donnant normalement lieu à aucune sensation. Mais dans certaines situations, comme lexercice, ou à loccasion de certaines pathologies pulmonaires, cardiaques ou neuromusculaires, des perceptions liées à divers phénomènes respiratoires peuvent apparaître, et parfois être ressenties comme inconfortables, ou désagréables, ou gênantes (tableau 1). On parle alors dessoufflement ou de dyspnée. Ce terme est ambigu, car il peut être utilisé aussi bien pour décrire une sensation normale (exercice) que le symptôme dune maladie. Certains auteurs préfèrent donc réserver le terme de dyspnée à un inconfort respiratoire survenant pour un niveau dactivité usuel, nentraînant normalement aucune gêne. Cette définition ne lève que partiellement lambiguïté, mais permet de dire que la dyspnée est dautant plus sévère que lintensité de lactivité qui la provoque est faible. Les difficultés sémantiques sont accrues par le fait que la dyspnée est une sensation multidimensionnelle, dont la reconnaissance, la tolérance et lexpression dépendent de la subjectivité, du vécu antérieur, des émotions et de la psychologie de lindividu. Lexpression et la description de la dyspnée reposant obligatoirement sur le langage, celui-ci représente un facteur limitant majeur à sa quantification et à sa compréhension. Ainsi, les barrières linguistiques et culturelles sont-elles un obstacle supplémentaire à létude de la dyspnée ( ). Il faut insister sur la nature subjective de la dyspnée, qui est donc indépendante de la fréquence respiratoire et du profil respiratoire (tableau 1). On peut être polypnéique et ne pas rapporter de dyspnée ( ), ou bien très « essoufflé » avec une fréquence respiratoire normale. Tableau 1
En tant que symptôme, la dyspnée constitue fréquemment,
au cours des maladies cardiaques ou respiratoires chroniques, une source
majeure de handicap, limitant lactivité des patients
et ayant une répercussion très négative
sur leur qualité de vie. La dyspnée
peut en cela, dans une large mesure, être comparée à
la douleur. Des mécanismes physiopathologiques communs sont dailleurs
suggérés par certaines observations defficacité
de la morphine sur la dyspnée deffort de patients (
)
cependant la dyspnée diffère de la plupart des autres
sensations en ce que les voies afférentes quelle
implique ne sont pas clairement identifiées. En effet,
on ne connaît pas pour la dyspnée de récepteurs
spécifiques analogues aux terminaisons libres des fibres C pour
la douleur. (
) bien quil existe clairement des projections
dafférences respiratoires au niveau du cortex cérébral
chez lhomme et quil soit possible dinduire des contractions
diaphragmatiques par stimulation directe du cortex moteur primaire ou
bien des apnées par stimulation du cortex limbique, il nexiste
pas daire corticale ou sous-corticale dont la stimulation provoque
des sensations respiratoires ou dyspnéiques, ou dont la destruction
supprime ces sensations.
De nombreux travaux ont été consacrés au rôle respectif des différentes afférences dans les sensations respiratoires. « Sensation respiratoire » nest pas synonyme de dyspnée : certaines extrapolations doivent être considérées avec prudence. Plusieurs voies afférentes sont potentiellement impliquées dans la perception des sensations respiratoires et la dyspnée. Les situations expérimentales ou pathologiques qui permettent létude privilégiée du rôle de lune ou de lautre de ces voies montrent quaucune delles nest indispensable aux sensations respiratoires, ni vraisemblablement à la dyspnée. Il semble quil existe en fait plusieurs voies afférentes parallèles, peur-être même redondantes. Elles véhiculent des signaux provenant de récepteurs de la paroi thoracique (muscles respiratoires inclus), de récepteurs pulmonaires et bronchiques, de récepteurs des voies aériennes supérieures et de chémorécepteurs centraux et périphériques. Il est probable que les sensations respiratoires sont le résultat de la mise en jeu simultanée de plusieurs signaux.
La paroi thoracique est constituée dune part par une structure
osseuse et cartilagineuse (les côtes, le sternum et la colonne
vertébrale), et dautre part par un ensemble de
muscles impliqués dans la respiration (diaphragme, intercostaux,
sterno-cléido-mastoïdien, scalènes
). Il faut
noter que la plupart de ces muscles ont une fonction mixte,
respiratoire et posturale ou cinétique. Cela explique quau
cours de maladies respiratoires sévères, par exemple,
des actions non respiratoires mettant ces muscles en jeu aux dépens
de leur action respiratoire puissent être source de dyspnée.
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En parallèle à lhypothèse de Campbell, un
autre phénomène, impliquant la commande motrice centrale,
pourrait aussi expliquer la sensation de dyspnée indépendamment
de toute mise en jeu dafférences périphériques.
Il sagit de la perception anormale de lintensité
de la commande motrice respiratoire, ou de la perception
normale dune commande augmentée, la dyspnée
pouvant en première approximation être mise en parallèle
à la sensation de fatigue, et la commande respiratoire
à lintensité dun effort. (
)
Le poumon comporte essentiellement quatre types de récepteurs dont la voie finale commune est le nerf vague : les récepteurs à adaptation lente, les récepteurs à adaptation rapide et les fibres C bronchiques et pulmonaires . ( ) Le rôle des afférences pulmonaires vagales dans la dyspnée semble en fait dépendre du type de récepteur stimulé. La stimulation des récepteurs à adaptation rapide augmenterait la dyspnée alors que la stimulation des récepteurs à adaptation lente la réduirait.
Les signaux afférents des voies aériennes supérieures sont véhiculés par plusieurs paires crâniennes : le nerf vague, le glossopharyngien, le grand hyperglosse et le trijumeau. Ces nerfs véhiculent des informations provenant de plusieurs types de mécanorécepteurs qui peuvent contribuer à des sensations dirritation, de pression et de débit. Si leur rôle dans la perception des charges respiratoires demeure controversé, il est néanmoins probable quils modifient les sensations respiratoires.
La dyspnée peut être un symptôme qui exprime une situation pathologique. Il est donc souhaitable de pouvoir la quantifier pour pouvoir en évaluer la gravité, en suivre lévolution et, tout simplement pouvoir létudier. La dyspnée est une sensation consciente dont la mesure est rendue difficile par la subjectivité des individus. Elle sexprime avant tout par le langage qui permet den décrire la qualité. Mais le langage dépend du vécu de lindividu. Tous les individus nont pas une perception égale de leur respiration et, comme pour la douleur, cette perception est modifiée par létat émotionnel ou psychologique. Les méthodes de la psychophysiologique ont donc été appliquées à la dyspnée afin détablir des outils de mesure plus objectifs. Mais les échelles ainsi mises a u point se heurtent encore aux limites imposées par le recors au langage. Afin dobtenir des mesures dénuées de subjectivité, des techniques électrophysiologiques sont en cours de développement.
A côté des variations interindividuelles de perception
des sensations, il peut exister des « erreurs »
dans la reconnaissance de ce qui signifie ces sensations, ou
plus simplement dans lévaluation de leur intensité.
De telles erreurs peuvent provenir de différentes situations,
environnementales, physiques, psychologiques, comportementales ou cognitives.
Ainsi, la sensation de dyspnée peut être modifiée
par les motivations ou les émotions. La colère
comme lanxiété sont associées à
la sensation dune ventilation rapide et difficile.
La dépression induit souvent unes sensation de ventilation
lourde et pénible. Certains patients asthmatiques
ont des difficultés à reconnaître lapparition
dune bronchoconstriction aiguë et sont, de ce fait, exposés
à une plus grande morbidité, voire à une plus grande
mortalité. Les patients bronchopathes chroniques obstructifs
qui perçoivent une dyspnée deffort, ont parfois
tendance à lattribuer à « lâge
» ou au « manque de forme ». Enfin, certains patients
minimisent leur dyspnée par des changements de comportement
et une réduction de leur activité. Plusieurs types de « dyspnée » ont ainsi été répertoriés :
Simon et Al ont mis en évidence plusieurs catégories descriptives dont la combinaison permet de rendre compte de la qualité de la dyspnée éprouvée au cours de différentes pathologies cardiopulmonaires :
Mais quelles que soient les modalités de description de la dyspnée, elle est toujours vécue comme une expérience désagréable et inconfortable.
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Le langage permet une description qualitative de la dyspnée
utile à la démarche diagnostique, mais insuffisante
à la mesure quantitative. Or, quantifier la dyspnée
est utile à lévaluation de la gravité, au
suivi de lévolution et à la recherche. Des échelles
de mesures ont donc été développées,
essentiellement à partir de modèles courants en psychopathologie.
Tous les moyens dévaluation de la dyspnée précédemment cités font appel à la subjectivité du patient. Il serait donc intéressant de disposer de moyens dinvestigation des afférences respiratoires et de leur traitement cortical, indépendants des limites de lexpression individuelle. Les techniques électrophysiologiques pourraient fournir ce type de moyens, même sil ne sagit encore que dune voie de recherche.
La dyspnée peut être un symptôme traduisant une
situation pathologique même si celle-ci nest pas toujours
organique. Les pathologies dyspnéisantes méritent un intérêt
particulier, car létude de la dyspnée
quelles induisent peut non seulement améliorer la démarche
diagnostique mais aussi la compréhension de la physiopathologie
de la dyspnée.
Les patients atteints de maladie neuromusculaire décrivent souvent leur dyspnée comme une sensation de « respiration superficielle » associée à une impression d « augmentation du travail et de leffort respiratoire ». Le principal mécanisme de la dyspnée est alors probablement la perception de laugmentation de la commande motrice. La sclérose latérale amyotrophique (SLA) fournit un modèle intéressant de physiopathologie de la dyspnée au cours des maladies neuromusculaires. Cette affection dégénérative touchant les motoneurones centraux et périphériques, relativement fréquente (environ 800 nouveaux cas par an en France), mortelle en moyenne 36 mois après le diagnostic, comporte quasi- constamment une atteinte respiratoire qui en domine le pronostic. Malgré cela, les patients ne sont que rarement et tardivement dyspnéiques, peut-être parce que le handicap moteur consécutif à la maladie et la perte musculaire correspondante limitent leurs « besoins » ventilatoires. Cest probablement par un mécanisme analogue que ces patients ne deviennent hypercapniques que très tardivement, alors même que leurs indices spirométriques et les pressions respiratoires statiques quils peuvent développer sont déjà altérées à lextrême. La dyspnée chez ces patients semble corrélée à la survenue dune atteinte de leur diaphragme, et elle augmente en intensité à mesure que la fonction diaphragmatique se dégrade. Or, malgré le caractère amyotrophiant de la SLA, certains patients ayant une paralysie diaphragmatique complète ont une hypertrophie apparente et une hyperactivité physique des muscles inspiratoires accessoires du cou. Cette hypertrophie, probable compensation de la « disparition » progressive du diaphragme, implique que le travail respiratoire est transféré du diaphragme vers les muscles du cou, ce qui est en soi une source de dyspnée.
Une dyspnée peut être lune des formes dexpression de lanxiété, de langoisse, ou de lattaque de panique. Dans certaines classifications, la dyspnée sépare en fait lattaque de panique dautres formes de manifestations anxieuses. Le syndrome dhyperventilation, qui peut être aigu ou chronique, est une entité nosologique qui comporte un cortège de symptômes dont les plus fréquents sont ceux de la tétanie. Il se caractérise souvent par la coexistence de dyspnée et danxiété, sans que nexiste de consensus quant au lien de cause à effet entre les deux éléments. Lhyperventilation pourrait en effet être le résultat de lanxiété, ou bien celle-ci nêtre que la conséquence de modifications comportementales touchant la ventilation. Dune façon générale, il est important de souligner que dyspnée et anxiété sont souvent intimement associés. Cela suggère une éventuelle relation physiopathologique mais implique également de la part du clinicien une grande vigilance. Lassociation « angoisse » ou « anxiété », et « dyspnée » peut parfaitement être présente au cours de maladies organiques, lasthme ou certaines pathologies cardiovasculaires en fournissent des exemples caractéristiques. La « réaction anxieuse » à une pathologie organique dyspnéisante peut de plus avoir des expressions très variables, dépendant par exemple du contexte socioculturel, au même titre que la « réaction douloureuse » à une affection abdominale ou autre. Le diagnostic de dyspnée satellite dune affection ou dune situation de nature psychopathologique (y compris certaines dyspnées factices) doit rester, quel que soit le contexte, un diagnostic dexclusion. La dyspnée est une sensation complexe dont aucune voie afférente nexplique à elle seule le mécanisme. Il sagit dun symptôme dont limportance clinique est majeure puisquil révèle une situation pathologique quil faudra prendre en compte, et quil peut constituer un sérieux handicap, voire une grande détresse, pour les patients. Le traitement de laffection causale ou de ses manifestations peut être efficace sur la dyspnée, surtout dans les situations aiguës, mais il nest parfois pas disponible, par exemple dans les dyspnées de certains cancers ou des insuffisances respiratoires chroniques obstructives ou restrictives. Le traitement symptomatique est alors la seule ressource. Peu de solutions sont actuellement disponibles. La poursuite dune recherche physiopathologique et pharmacologique intense est donc particulièrement importante dans ce domaine.
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Quantifier la dyspnée est utile à lévaluation de la gravité, au suivi de lévolution et à la recherche
La dyspnée est un symptôme traduisant une situation pathologique
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« DE LA DIFFICULTE DE PARLER DE SA FATIGUE, DE LA DECRIRE, CE EN QUOI ELLE GENE, ENTRAVE » La fatigue des membres sera abordée dans les commentaires : syndromes myasthéniques - Les bras et les jambes peuvent être mis au repos, souvent voire très souvent, selon le poste de travail, selon lactivité ou le repos. Le syndrome de fatigue musculaire généralisée (quatre membres), de bras et jambes facilement douloureux (algiques à la pression et à la mobilisation), engendre un vécu de qq chose de pénible et dinconfortable. Ces symptômes, à des degrés divers, peuvent être ou sont invalidants (notamment pour effectuer des gestes courants). Mais ce nest pas linconfort au niveau des membres qui engendre la détresse, la souffrance psychologique, au niveau où elle est ressentie par bon nombre dindividus ayant reçu trois ou quatre doses vaccinales hep. B. Passons au ressenti dans le tronc, et surtout le thorax. Cette sensation danéantissement sur les épaules et la poitrine, cette sensation que chaque mouvement respiratoire représente un effort, une difficulté. Envie de toujours ouvrir la bouche pour prendre de lair, pour se soulager, mais cela ne fait rien. Sensation de se mettre en apnée pour parler, comme si respirer et parler à la fois constituaient un travail trop conséquent : ce qui est le cas dailleurs ! ( Puisque les muscles du larynx sont les muscles de la phonation et quils effectuent un travail accessoire dans la respiration. La voix se pose sur le diaphragme. De plus les muscles respiratoires accessoires sont recrutés de façon accrue pour la respiration , lors dune fatigue des muscles respiratoires principaux)..
« La dyspnée survient chaque fois que le travail
respiratoire est excessif » . Cela est le cas en permanence
lorsque les muscles respiratoires sont faibles, déficitaires,
ont un certain degré dimpuissance à effectuer le
travail respiratoire. Il faut faire remarquer que, alors que la parole nous épuise, cest une situation où seule la parole, des explications, peuvent enclencher une recherche de diagnostic. Et cest plus ou moins au patient de rechercher ce dont il souffre sur le plan organique. Un patient qui souffre de leucémie, dinsuffisance rénale, ou de diverses pathologies, na pas à poser lui-même le diagnostic. A croire que les médecins nont pas la notion de fatigue chronique des muscles respiratoires. (Cest ce sur quoi tous les auteurs insistent. De plus le Groupe de Travail Muscles Respiratoires a pour objectif, entre autres, de sensibiliser les pneumologues à cette pathologie). |
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